En management, l’apprentissage entre les générations est surtout abordé comme une transmission de l’ancien vers le nouveau, afin d’assurer la continuité des connaissances au sein de l’entreprise. La thèse de Sakura Shimada propose d’analyser l’apprentissage intergénérationnel dans sa réciprocité, en le situant dans deux contextes qui avaient tendance à être négligés : celui de la dynamique stratégique de l’entreprise, caractérisée par la stabilité ou le changement, et celui de la culture du pays, à travers une comparaison franco-japonaise.

Sa thèse s’inscrit dans la perspective de la pratique qui conçoit les phénomènes socio-organisationnels comme un ensemble de pratiques à chaque fois accomplies. En mobilisant le concept japonais de ba, elle propose d’appréhender les générations, les pratiques d’apprentissage et la dynamique stratégique de l’entreprise dans une relation co-émergente au sein d’un espace-temps local. La méthodologie qualitative repose sur une comparaison de quatorze cas d'apprentissage intergénérationnel, avec un matériau empirique constitué de plus de 100 entretiens, des observations et des documents divers.  

Les résultats montrent d’abord que le découpage des générations, leur identité et leurs pratiques d’apprentissage sont profondément situés dans la dynamique stratégique de l’entreprise et dans la culture du pays. Ils montrent aussi que l’apprentissage intergénérationnel participe à son tour à la dynamique stratégique de l’entreprise, non seulement en assurant la continuité des connaissances, mais aussi en permettant leur évolution.

La thèse de Sakura Shimada contribue à la littérature sur la diversité générationnelle par son approche organisationnelle et culturelle, et enrichit la littérature sur l’apprentissage situé à travers le concept encore peu exploité du ba. Enfin, par une comparaison franco-japonaise à la fois théorique et empirique, sa thèse interroge l’encrage culturel des théories et pratiques managériales. 

Thèse soutenue le 9 décembre 2014.